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  <title>Ganançay</title>
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  <pubDate>Fri, 01 Dec 2006 08:09:10 GMT</pubDate>
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  <description>Nos histoires ne finissent jamais. la vie repasse sans cesse les plats jusqu’à ce qu’épuisée par son tourbillon perpétuel elle s’achève dans une ultime conflagration où se perdent mémoire, sentiments et pensée. Désormais tout peut nous arriver…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«Date: Mon 30 nov 2006 08:12:22 +2000&lt;br /&gt;Subject: Quand reviens-tu?… Bises…&lt;br /&gt;From: Marina HODGES &amp;lt;marinhodges@away.fr&amp;gt;&lt;br /&gt;To: Marc HODGES &amp;lt;mhodges@away.fr&amp;gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Souviens-toi que nous devions partir en vacances en Turquie à la fin du mois et tu ne m’as toujours pas dit quel jour tu revenais!… Bises,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marina»</description>
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  <pubDate>Thu, 30 Nov 2006 12:40:41 GMT</pubDate>
  <title>Sans but véritable</title>
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  <description>Finalement, après avoir tourné sans enthousiasme une partie de la matinée dans le quartier du Tiergarten, après avoir mangé saucisse grillée et salade à la terrasse d’un café, je suis allé faire ce pour quoi j’étais là: parler une fois encore des technologies de la communication, feindre de croire qu’elles allaient bouleverser le monde, donner à l’humanité une «nouvelle frontière». Débats, petits fours, cafés, sourires convenus, félicitations protocolaires, mélange de langues, apartés, échanges rituels de cartes de visites… à quatre heures j’avais terminé: mais, parce que je n’avais rien réglé pour moi-même, je n’étais pas satisfait; je me demandai jusqu’à quand je serais capable de jouer cette comédie sociale dans laquelle je m’étais enfermé: bon père, bon époux, bon citoyen, homme public peu contesté, bon fonctionnaire… le symbole même d’une vie sans problèmes mais aussi sans originalité ni inspiration, une vie qui se laissait vivre plutôt qu’une vie à vivre. Il est vrai aussi que rien ne m’inspirait vraiment et que, si je regardais devant moi, je ne voyais guère d’autre solution qu’une plus ou moins longue poursuite du même: en fait je n’avais jamais eu de but véritable et n’étais désormais plus capable de m’en inventer. Lorsque les problèmes ne sont pas concrets, il y a une certaine complaisance de la mélancolie: je rôdais dans le soleil des rues pleurant sur moi-même… aussi, plutôt que rentrer en taxi, je choisis de marcher jusqu’à mon hôtel. Berlin est une ville à vivre, les rues sont larges, les parcs et les arbres nombreux, la circulation fluide: je pensai ainsi —parce que c’est un remède que j’ai souvent utilisé— que la marche me permettrait d’y voir plus clair, que traversant des zones neutres où il n’y avait aucun raison que quoi que ce soit occupe ma pensée, je parviendrai à voir un peu plus clair en moi. Une bonne heure de marche me fit en effet du bien et, si je n’avais toujours rien décidé —autre façon de convenir d’attendre pour ne rien changer—, retrouvant un certain plaisir élémentaire des sens, je me sentais mieux. J’arrivai à l’hôtel Aldon…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dès que j’y pénétrai, le concierge à qui je demandai les clefs me dit qu’il y avait moins d’une heure un homme m’avait demandé mais qu’il n’avait voulu laisser ni un mot, ni son nom: une quarantaine d’années, me dit-il, cheveux bruns, yeux légèrement bridés, mais ce qui l’avait surtout frappé, c’était son accent dont il n’aurait su définir l’origine… Je compris aussitôt que c’était Saint-Loup…</description>
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  <pubDate>Wed, 29 Nov 2006 05:08:22 GMT</pubDate>
  <title>Eros center</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/85900.html</link>
  <description>Je pris un taxi, me fis déposer près de la station de Tiergarten —proche du lieu de ma conférence—, il faisait beau, les rues larges, peu bruyantes, peu polluées de Berlin incitent à la promenade, je n’avais aucune raison de me dépêcher d’autant que je n’avais pas encore décidé ce que je voulais faire. Je savais que se jouait là un des moments cruciaux de mon existence et que, parce que je n’avais plus l’âge de tergiverser, de la décision apparemment simple de me rendre ou non à ma conférence, le reste de ma vie allait dépendre. Le quartier est commerçant, c’était la fin de la matinée, le secteur est des plus animé, des gens de tous âges, toutes conditions, toutes races, allaient et venaient en tous sens suivant chacun, pour des raisons impénétrables, leurs trajectoires propres: cette foule où je pouvais me perdre et qui m’ignorait, indistincte et indifférente, convenait à mon état mental. Je me laissai absorber dans ses mouvements, abandonnai mon regard aux spectacles les plus anodins: une mère à béret rouge traversant la rue avec, sur sa poussette, une fillette à béret vert; un junkie affalé sur un banc à la sortie du métro; une bande de punks crêtés de rouge, anneaux dans le nez, groupés autour d’un chien misérable et lui ouvrant sur le trottoir des boîtes de pâtés; un envol de pigeons poursuivis sur la place par une fillette noire; un couple d’américains obèses consultant un plan de Berlin; la vie ordinaire…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je parvenais ainsi à tout oublier, ne plus penser à ces cent jours qui m’avaient bouleversé, n’être que dans les petits plaisirs sans conséquence de l’instant: j’entrai dans un bar prendre un café, feuilletai quelques revues internationales à un kiosque, m’attardai à quelques vitrines sans autre but que me perdre dans un regard neutre, écoutai machinalement quelques conversations sans intérêt, passai sans raison d’une rue à l’autre. Je finis ainsi par me trouver devant l’Éros Museum de Beate Uwe où deux affiches annonçaient une exposition d’objets érotiques: la première, une jeune femme en tenue très stricte, tailleurs gris très fermé, pull à col roulé, petites lunettes ovales, montrait, à des élèves mâles un splendide godemichet d’ivoire; la seconde, symétrique, un homme jeune, tenue également grise et stricte, même col roulé, mêmes lunettes ovales, montrait à quelques  adolescentes une ceinture de chasteté. Je regardai avec attention l’homme de l’affiche. Sans doute aucun, c’était Saint-Loup.</description>
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  <pubDate>Tue, 28 Nov 2006 08:38:42 GMT</pubDate>
  <title>Affiches</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/85585.html</link>
  <description>Comme si j’avais déjà décidé ce que je devais faire, j’ai quand même pris le métro: la station de la Friedrichstrasse, la plus proche de l’hôtel Aldon —où je descends lors de mes séjours berlinois. Pour l’Europa Center j’aurais dû prendre ensuite une des nombreuses lignes vers l’ouest qui m’auraient amené au Tiergarten: j’en ai pris une vers l’est. Je savais avoir du temps et, bien que cette décision soit irrationnelle, je ne pouvais m’empêcher de vouloir aller à l’Alexanderplatz où, il y avait maintenant cent jours, j’avais retrouvé Saint-Loup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dès que le train atteignit la station, je sortis de la rame, me dirigeai vers le lieu précis des couloirs où je l’avais trouvé la première fois: un banc métallique fixé sous une grande affiche publicitaire. Je me souvenais, parce qu’elle contrastait alors avec l’attitude de Saint-Loup effondré sur le siège, que le 11 avril, l’affiche était une publicité Kookaï sur fond jaune représentant un pied de femme dont les ongles étaient vernis en vert par une main tenant un fin pinceau tandis que, pris entre ses doigts, quatre hommes vêtus de tee-shirt blancs essayaient de se libérer. Bien entendu, ce n’était plus la même: cette fois-ci, un homme de dos, jeune, nu, fesses soulignées par un vague drapé étiqueté «Frieder Russmann, 2005 », tête tournée vers la droite, crâne rasé, boucle à l’oreille gauche, barbichette maigre et pointue à l’orientale, avec, gravés au couteau au centre de chacun des deux grands muscles dorsaux, les chiffres encadrés 24 et 25, ce dernier coché d’une croix encore sanguinolente. Au-dessous de la photo, un cadre à fond jaune avec un couteau suisse ouvert souligné de l’inscription «Russmann spielt Lotto». Le banc était vide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’ai quand même pas pu me résoudre à quitter aussitôt les lieux: j’ai tourné dans l’immense gare, n’y trouvant rien, j’en suis sorti pour boire un café à l’une des échoppes de l’un des grands magasins de l’Alexanderplatz. A côté du bar, une boutique d’un photographe local quelconque présentant quelques uns de ses clichés. J’y jetais un coup d’œil machinal… L’un d’entre eux, un couple souriant, les yeux dans les yeux: Saint-Loup et Zita…</description>
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  <pubDate>Mon, 27 Nov 2006 05:40:48 GMT</pubDate>
  <title>Marché libre</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/85443.html</link>
  <description>Il faisait très beau, le ciel était limpide, disposant d’un peu de temps, je m’étais éloigné sur les bords de la Spree du côté de l’île aux musées et, comme désœuvré, rôdais dans le vaste marché d’artisanat qui s’étendait en face de l’esplanade du Pergamon Museum. On trouvait là à peu près tout ce qu’un esprit conforme dans le non-conformisme contemporain pouvait vouloir désirer, depuis des insignes —ou même des uniformes entiers des anciennes armées de l’est: république démocratique allemande, bien sûr, mais aussi URSS, Pologne, Hongrie…— jusqu’à toutes les variétés d’herbes qui parfument, lavent, soignent, se cuisinent, se fument… en passant par toutes les bizarreries que l’imagination pouvait avoir créée: marionnettes de sorcières, plaques publicitaires émaillées, statuettes difformes, informes, multiformes… Tout cela baignait dans une odeur grasse de frites, de saucisses grillées et une atmosphère de joyeuse insouciance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A cette heure de la matinée, il y avait foule: une foule plutôt jeune mais très mélangée depuis des jeunes alternatifs vêtus de vêtements bariolés barrés d’indescriptibles ornements ou de tenues qui avaient dû être militaires jusqu’à des étudiants à petites lunettes et tenues plus sages; tout cela était traversé par les foules de touristes qui se rendaient en masse aux divers musées… Je marchais sans but, l’esprit plutôt absent, voyant tout mais ne regardant rien, seulement préoccupé par la décision à prendre, effrayé par ce qu’elle signifiait, craignant que, quel que soit mon choix ce ne soit pas le bon, pesant sans fin le pour et le contre quand je m’approchais sans raison d’un stand d’un artisan proposant aux passants de réaliser leurs portraits de manières diverses —dessins au crayon, au fusain ou à la sanguine, aquarelles, craies d’art, photomatons retouchées… Il exposait plusieurs exemples de ses réalisations et, notamment, sur un chevalet de peintre, un sous-verre contenant des silhouettes d’ombre, profils découpés dans du papier noir collés sur un fond de couleur claire. Je regardais tout cela d’instinct, sans intérêt véritable, simple façon de laisser mon esprit en suspens… Alors, deux de ces silhouettes s’imposèrent: dans le coin supérieur droit du cadre, Saint-Loup regardait vers la droite; dans le coin supérieur gauche, Zita regardait Saint-Loup.</description>
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  <pubDate>Sun, 26 Nov 2006 18:11:05 GMT</pubDate>
  <title>Les choses vont comme elles doivent</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/85245.html</link>
  <description>Attendant l’heure de mon intervention, je me suis promené parmi la foule pressée à l’occidentale de l’avenue marchande du Kurfüsten Damm. Il faisait beau, les magasins étaient pleins de clients qui, pressés, entraient et sortaient comme si leur existence dépendait de telle marque de chaussure, de la couleur de tel tee-shirt ou d’un téléphone portable; des sorties de métro jaillissaient les flots intermittents d’employés cravatés, de lycéens portant cartables et d’adolescents agités; de ci de là, quelques rares touristes flânaient le nez en l’air, achetaient des glaces ou consultaient leur plan de la ville; le flot des voiture était raisonnable et, dans la largeur de l’avenue, relativement silencieux; les mères poussaient les poussettes de leur progéniture, les passants déposaient leurs papiers gras dans les poubelles, attendaient sagement de traverser aux feux; tous arboraient l’air sérieux et préoccupé qui caractérise la fermeté des convictions… Les choses allaient comme elles devaient; sans en faire trop, la vie jouait sa comédie quotidienne. J’allais sans but, escomptant vaguement que dans l’heure qui reste, le destin me ferait le signe qui, pour me convaincre, me manquait: était-ce manque de courage ou excès de lucidité, je ne voulais pas, moi-même, lancer les dés, je marchais, j’attendais… espérais… L’heure tournait…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au fur et à mesure que s’approchait le moment de la décision, ma fébrilité augmentait: je regardais devant moi, ne voyais rien, avançais comme dans un brouillard dense où toutes choses, perdant leurs contours, se relativisaient. Je savais tout proche l’Europa Center; deux rues à traverser, cent mètres à faire: le sort en serait jeté… J’entrai dans un café, m’assis près de la vitrine, laissant mon regard traîner sur la foule extérieure, commandai machinalement un café… alors, sur le trottoir d’en face, je vis passer Saint-Loup…</description>
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  <pubDate>Sat, 25 Nov 2006 17:17:33 GMT</pubDate>
  <title>Retour à Berlin</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/84890.html</link>
  <description>Dans le début de la plupart des récits, la fin vers laquelle ils tendent est déjà inscrite: dans sa perfection, la boucle est une tentation et comme vous, lecteurs, n’aimez pas trop être dérangés dans vos habitudes, c’est la plus employée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Me revoici donc, sans surprise, à Berlin où, dès le début, sachant fixée de longue date, une de mes conférences à l’Europa Center pour je ne sais plus trop quelle commission de la communauté européenne, j’avais prévu de taper le point final de mon compte-rendu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Indécis entre l’engagement de m’y rendre, ou le cran de ne pas le faire, je ne parvenais pas à prendre une décision…</description>
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  <pubDate>Fri, 24 Nov 2006 10:34:41 GMT</pubDate>
  <title>Tentation du retrait</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/84731.html</link>
  <description>Il faut tout oublier… Est-ce un effet de l’écriture?… Au fur et à mesure que progresse mon compte-rendu, je me sens, peu à peu, devenir Saint-Loup. Non, bien sûr, dans l’authenticité concrète de ses actes, mais dans son refus souverain du monde qui l’a poussé à disparaître.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a désormais en moi une tentation du couvent; plus exactement —n’ayant que peu d’attrait pour les rituels— pour une retraite solitaire dans cette terre perdue que La Bégude, dans sa triple enceinte de vignes, de murs et de parc, me semble pouvoir être. Laisser tout et tous, s’enfermer dans cet espace clos où l’humanité se réduit à son expression la plus simple: le passage hebdomadaire d’une femme de ménage, l’épisodique intervention d’un quelconque ouvrier, un jardinier parfois entrevu, des bruits mécaniques perçus dans le lointain… Pour le reste, Internet suffirait: consulter un compte bancaire, passer les quelques commandes indispensables, s’offrir parfois une curiosité sur n’importe quoi, observer, de l’extérieur, le mouvement brownien du monde… Mais —qu’il est difficile de rompre avec des habitudes— ne serait-ce pas encore céder à trop de complaisance, ne vaudrait-il pas mieux m’effacer vraiment, renier, comme Saint-Loup, toutes mes attaches antérieures, faire table rase, devenir anonyme, de rien me reconstruire, n’être plus personne… A quarante ans passés, pour que la vie ne soit plus derrière mais devant moi, je ne peux plus me permettre d’erreur… être, sans plus, ce que jamais je n’ai été…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce soir, la directrice du centre culturel français m’a ramené à Berlin en voiture. Nous avons aimablement devisé: elle croit à ce qu’elle fait, semble heureuse de sacrifier sa vie à une multitude de tâches administratives. Ai-je un meilleur exemple à lui proposer? «Beaucoup à l’un, peu à l’autre, la ruse n’y change rien… Ton temps est à toi, mais tu n’as pas tout le temps, seulement le tien.» dit, en son diwan, Samuel Ha-Naguib l’andalou; mais lui, au moins, avait mené bien d’autres batailles…</description>
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  <pubDate>Thu, 23 Nov 2006 09:41:56 GMT</pubDate>
  <title>Reprendre tout à zéro</title>
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  <description>Est-ce mon âge? La crise des quarante ans —il y aurait ainsi dans toute vie des crises décennales…—ces promenades nonchalantes, aléatoires, sans direction me font du bien: seules mes envies de l’instant me guident et je bifurque à chacun de mes pas. Je voudrais, comme sur un brouillon fautif, tout effacer des années précédentes, avoir la tonicité de repartir à zéro… J’ai, de plus en plus, l’impression que, malgré mon évidente réussite sociale, ma vie est un gâchis: je n’ai rien fait, rien été, n’ai fait que passer et passer trop vite: mon entourage me croit misanthrope mais c’est moi-même que je déteste; parce qu’il n’y avait d’autre but que courir, la course importait plus que le but à atteindre —suite moderne du lièvre et de la tortue: l’humanité évolue peu. Je n’ai rien su voir!…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parce que je sais qu’il ne va rien rester de moi, que mon passage dans le flot de l’humanité n’aura laissé aucune trace, je suis sûr, aujourd’hui, d’être passé à côté de tout et, parce que mon passé existe, que je n’ai pas le courage de m’en séparer d’un coup de hache —laisser position, travail, argent, propriétés, famille, femme, enfants… laisser tout cela comme une guenille!…— il est comme une tumeur dont l’ablation n’efface que rarement les effets. Est-il possible de reprendre à zéro, faire comme si… Disparaître à mon tour, non mourir mais renaître?… Mais dans cette métempsycose volontaire encore faudrait-il croire en la finalité de la réincarnation, imaginer une forme au corps nouveau vers lequel partir or, n’ayant nul désir, rien que des rejets, je me disperse dans l’indifférence.</description>
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  <pubDate>Wed, 22 Nov 2006 04:58:49 GMT</pubDate>
  <title>Pause</title>
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  <description>Pour une fois, mes hôtes ont été compréhensifs: j’ai eu presque l’entièreté de la journée pour visiter Dresde, la ville saxonne des Frédéric-Auguste. Je me suis un peu promené sur les terrasses qui dominent l’Elbe et dans les souterrains du fort puis la ville baroque: le Zwinger de Pöppelmann et les nymphes lascives de Permoser qui ornent les jardins, la Frauenkirche et la Hofkirche. Tant leur chaos est loin de celui du réel, tous ces amoncellements de nuages dociles, de corps dénudés, de grâces courbes, de blancheur et d’or me dégraissent l’esprit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un bon repas dans une gasthaus puis visite lentement dégustée de toutes les merveilles du musée d’art, les superbes Canaletto notamment présentant avec une étonnante minutie divers aspects de la ville au dix-huitième siècle… Comme toutes les évidences figées de ces toiles sont reposantes, en ce moment, que souhaiter d’autres?…</description>
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  <pubDate>Tue, 21 Nov 2006 05:27:23 GMT</pubDate>
  <title>Un texte baroque</title>
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  <description>«Date: Mon, 20 nov 2006 17:21:51 +3000&lt;br /&gt;Subject: [Fwd: Avertissement Hyperfiction «La disparition du Général Proust»]&lt;br /&gt;From: Demombynes &amp;lt;demombynes@libanet.li&amp;gt;&lt;br /&gt;To: Marc HODGES &amp;lt;mhodges@away.fr&amp;gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voici ce que j’ai reçu aujourd’hui: si vous y comprenez quelque chose!…&lt;br /&gt;Denis Demombynes&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Date: Mon, 20 nov 2006 11:11:41 +6000&lt;br /&gt;Subject: Avertissement Hyperfiction «La disparition du Général Proust»&lt;br /&gt;From: Zita AVARESCU &amp;lt;zitavaresc@forward.nu&amp;gt;&lt;br /&gt;To: Demombynes &amp;lt;demombynes@libanet.li&amp;gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Still und stark im hohen hoffen heimlich und verborgen seyn; sich nit rëhren wann der grund aller Erden wird beweget; sein unüberwindlich-stark wann sich jetzt die schwachheit leget; Aller Welt gerüstes Kriegs-Volk überwinden ganz allein; in geheimen Herznes-abgrund bergen klaren warheit schein; dulten dasz der boszheit Rauch Ehren-flammen niderschläget. Dasz vor holde Rosenblüh Tugendstrauch Haz-Dornen träget; ist ein Himmlisch Herz gewürke aber kein gemeine Pein. Herr! hilff meiner schwachheit streiten; sie ist ohne dich ein Glas: du bist ihres schildes bild; wer dich siht wird starr erstaünet. Giess allüberwindungs safft in disz schwach und Eyren Fasz! meiner schwachheit spinngeweb wann es deine Krafft umzäunet kan die stärksten Wallfisch fangen. Meine blödeheit irrt mich nicht: sie ist ursach dasz der höchste durch mich etwas grosz verricht.»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai fait de l’allemand autrefois: il m’en reste quelque chose. J’ai donc tout de suite remarqué que c’était un texte de cette langue mais il me paraissait plein de fautes d’orthographes. Je l’ai montré à mes hôtes. En fait, c’est de l’allemand de l’époque baroque, plus exactement du seizième siècle. Le texte ci-dessus dit à peu près ceci: «Silence et force, espérer, clandestin vivre au secret; ne pas bouger quand le soubassement de toutes les terres tremble; être invinciblement fort quand vient la faiblesse; vaincre seul toutes les troupes en armes du monde; cacher, dans l’abîme sombre du cœur, la clarté de la vérité; souffrir que le mal, cette fumée, étouffe l’honneur, cette flamme; qu’au lieu de bourgeons de roses, l’épine adorne la vertu, est le lot d’un cœur céleste, non une peine commune. Seigneur! aide ma faiblesse; sans toi elle est comme un verre: tu es l’image sur son bouclier, qui fige d’épouvante qui te voit. Verse la sève inépuisable dans ce tonneau de coquille! Si ta force l’enferme, l’araignée de ma faiblesse peut attraper les puissantes baleines. Mon néant ne trompe pas: il est cause que l’infini agit, immense, à travers moi.»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avoue que je suis assez perplexe et que, bien qu’il puisse être quelque chose comme une déploration —ou une revendication— de Zita, je doute fort que ce soit elle qui vous l’ait envoyé…</description>
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  <pubDate>Mon, 20 Nov 2006 08:07:45 GMT</pubDate>
  <title>Démenti</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/83475.html</link>
  <description>Date: Sun, 19 nov 2006 11:11:41 +1000&lt;br /&gt;Subject: Hyperfiction «La disparition du Général Proust», note N°X…&lt;br /&gt;From: Saint-Loup &amp;lt;saint-loupx@freeway.tm&amp;gt;&lt;br /&gt;To: Deplanches Marie &amp;lt;deplanches@ixenet.fr&amp;gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’essaie de réparer les dégâts, Marc HODGES, que j’ai effectivement rencontré à Berlin dans une soirée un peu arrosée, mais que je ne connaissais pas auparavant, me fait, dans des notes qu’il envoie à de nombreuses personnes, jouer un rôle que je ne peux accepter. Rien de ce qu’il dit n’est vrai, sauf peut-être que mes qualités d’informaticien m’ont permis en effet de pénétrer sur son ordinateur et de récupérer les adresses des gens, dont vous êtes, auxquels il envoie son récit. Ne le croyez surtout pas d’autant qu’il a l’habileté de s’appuyer sur des faits avérés et que, comme une simple enquête à partir d’un moteur de recherche pourrait vous le démontrer, un certain nombre de personnages dont il parle sont réels. Même s’il a parfois changé les noms, les pseudonymes qu’il a créé sont souvent transparents à une personne perspicace.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant à ces fameuses disquettes Zip sur lesquelles il appuie l’essentiel de son récit, elles n’ont, à ma connaissance, jamais existé. En tous cas, ce n’est pas moi qui les lui ai remises. Bien que son histoire soit peu crédible, j’ai eu hélas l’occasion de vérifier qu’elle est quand même susceptible de me porter tort, aussi ai-je décidé de porter plainte. Malgré votre accord à l’envoi de ses lettres, accepteriez-vous de témoigner en ma faveur?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec mes sentiments les meilleurs,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Saint-Loup»</description>
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  <pubDate>Sun, 19 Nov 2006 08:24:23 GMT</pubDate>
  <title>Détour par Dresde</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/83424.html</link>
  <description>Dresde en ce début d’après-midi, vol Paris-Francfort, puis Francfort-Dresde. Sans problème si ce n’est que, même en classe affaires, les sandwiches servis n’ont rien de bien réjouissant. Heureusement il y a les boissons…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon hôtel est un Novotel installé dans des bâtiments type RDA: blocs uniformes de béton parallélépipédiques, pas une cheminée ne dépasse. La ville est curieuse: un centre baroque avec des églises et des palais splendides cerné de casernes sociales. Je dois ouvrir, quelque part, un festival dédié aux technologies de l’information puis rencontrer tous les officiels français pour un repas protocolaire… Après tout, c’est moi qui ai choisi cette vie même si je sais maintenant que je n’entends rien ni aux hommes ni aux femmes…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai reçu hier quelques notes étranges. Je ne sais plus s’il est maintenant vraiment utile de vous les livrer, mais puisque je m’y suis engagé… En voici un exemple:</description>
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  <pubDate>Sat, 18 Nov 2006 05:19:23 GMT</pubDate>
  <title>Piège de l&apos;écriture interactive</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/83111.html</link>
  <description>Une histoire, un récit, une narration… un roman doivent obéir à des règles: ils partent du complexe pour aboutir au simple, tirent, pour les démêler, les fils d’une histoire embrouillée, non pour entériner la complexité de leurs nœuds, mais pour donner à croire qu’il y a, dans notre monde, des voies rationnelles et que l’art, l’écriture, donnent du sens à la vie. Je pense que, sur ce plan où vous me faisiez confiance, j’ai échoué, la vie n’est pas toujours aussi coopérative: cinquante pour cent des meurtres, jamais ne sont élucidés; sous des difficultés que l’on pensait faciles à résoudre, la science ne cesse de découvrir des complexités inattendues; loin de se résoudre dans l’harmonie, les vies amoureuses, souvent, s’enferment dans le chaos; la langue elle-même, parlant toujours d’autre chose, ne dit jamais ce qu’elle est sensée dire; pragmatique de la complexité, nous faisant quantité de grimaces, les dieux sans fin nous attirent puis, ricanant, s’éloignent…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme moi, la plupart d’entre vous ont pensé que Saint-Loup —ou du moins l’ami que j’ai nommé ainsi…—, me communiquant suffisamment d’indices, m’avait lancé sur le classique jeu de pistes d’un récit policier: une double vie (commune dans la fiction, pas si rare dans la réalité…) que nous allions élucider ensemble, comprendre ce qu’il avait fait, pour quoi —pour qui?— il se livrait à la désinformation, le bénéfice qu’il en tirait, les risques qu’il courait, les péripéties —chantages, amours, séductions, agressions, mystères, indices, fuites, trahisons… épreuves… et si le récit était plus intellectuel, affres sentimentales, scrupules moraux, troubles intérieurs, méditations métaphysiques…— qu’il avait —ou devrait— surmonter. En somme rien, dans sa banalité, que d’assez rassurant…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce maladresse de ma part, duplicité de la sienne —qu’a-t-il deviné de mes amours inavoués?—, je ne maîtrise pas cette évolution: les choses dites ne sont pas ce qu’elles auraient dû être d’autant que, loin de me rendre service, vos contributions —révélant toujours des envies narcissiques d’écrire, affichant une volonté délibérée de m’égarer, donnant des faux renseignements, manifestant le simple besoin d’être… bref pour toutes sortes de raisons trop humaines, loin de m’apporter une aide ne cessent de renforcer ce brouillard vers lequel ma progression me guide. L’interaction n’est pas une sinécure, comme un mauvais attelage, au risque de le faire chavirer, chacun de vous tire à hue et à dia. J’ai beau vous rappeler le but initial, jouer avec vous la carte de la sincérité, rien n’y fait, vous ne me croyez qu’à moitié et ma narration s’enlise dans les marais bourbeux de l’indécision. Vous m’avez ordonné de vous faire l’écriture d’un récit nouveau or ce que vous m’inspirez ne peut être que criminel. Vous voudriez… Mais que ne voudriez-vous pas?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour l’instant, on m’attend, il faut que je parte, et cependant j’écris encore! De quelque manière que la chose tourne, je ne me repentirai pas de ce que j’ai fait par vos ordres: volens, nolens, dans quel piège, me suis-je laissé enfermer?</description>
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  <pubDate>Fri, 17 Nov 2006 15:40:28 GMT</pubDate>
  <title>Une vie complexe</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/82729.html</link>
  <description>Que tirer de tout ceci? Qu’en tirez-vous?…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suppose que comme moi vous avez maintenant un certain nombre de convictions et au moins tout autant de doutes… Pourtant, en fait de certitudes, je n’ai plus que des présomptions. Si je tente de faire le point, ce qui est sûr, c’est que le 11 avril, à Berlin, le jour même de la naissance d&apos;Arthur, j’ai retrouvé un ami de mon adolescence que, pour vous —certains ont dû déjà comprendre pourquoi…— j’ai baptisé Saint-Loup et qui, à l’âge de trente ans, avait disparu sans donner la moindre nouvelle ni aux membres de sa famille ni à aucun de ses amis. Je savais, parce que nous en avions souvent parlé, parce que il m’avait donné la possibilité de fréquenter certains de ses parents proches ou lointains, la généalogie de cet ami des plus complexes car liée à des camps politiquement et culturellement opposés. Pour ne rien arranger, cet ami était tombé amoureux fou d’une fille d’un pays adverse —celle que j’ai ici nommée Zita— et qu’il avait réussi à la faire immigrer en France. Tous deux, même s’ils n’en laissaient rien paraître, étaient ainsi intellectuellement, moralement et culturellement toujours en porte-à-faux dans un monde qui n’était pas vraiment le leur mais où ils devaient vivre. Ce que Saint-Loup m’apprit à Berlin, c’est le prix qu’ils avaient dû payer pour vivre, vivre leur amour et permettre de vivre aux membres de leurs familles: d’après lui, il avait dû accepter de participer à la fois à des entreprises de désinformation et de renseignement pour les camps ennemis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne me dit pas s’il avait joué un double jeu, mais, au milieu de toutes ses révélations, je n’en aurais pas été surpris: Saint-Loup était devenu un traître et un espion. Aussi quand la coupure du monde en deux blocs s’acheva, ils avaient des deux côtés des ennemis prêts à monnayer une redéfinition de leurs rôles: ils se trouvèrent pris entre deux feux… Ils disparurent. Une histoire simple, somme toute et Saint-Loup m’avait demandé de la rapporter, à la fois pour tenter de se racheter, pour faire connaître une partie de la vérité et rendre caduque la chasse dont il commençait à être le gibier. J’ai naïvement accepté. Ce que j’ignorais, c’est dans quoi, m’entraînait ce simple récit: Internet est un médium tous-tous, ouvert et transparent; diffusant là mes informations, je les livrai au monde; à tout le monde, sans distinctions ni possibilités de tri. Les conséquences furent immédiates: des milliers de Saint-Loup, d’amis ou de pseudo-amis de Saint-Loup ou de Zita se sentirent obligés, brouillant les cartes, par jeu, par ennui, par compassion, par jalousie, par rouerie… par toute la panoplie de sentiments dont l’homme est capable d’influer sur la conduite de mon récit: je ne sais donc plus ou j’en suis… Une intrigue, d’habitude, se simplifie au fur et à mesure que la narration progresse et il n’est pas dans les traditions qu’il en soit autrement —que se passe-t-il quand on ne respecte pas les règles, comment maintenir la confiance qui permet l’échange?… Je me rends bien compte ici que je n’ai su honorer cette loi évidente et que, loin de vous amener à plus d’intelligence, je n’ai fait qu’opacifier les événements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ainsi: je ne sais plus qui est qui; je ne le saurai sans doute jamais. D’où vient que mes yeux sont chargés d’un nuage qui leur dérobe tout? Mes jours, mes nuits, tous les instants de ma vie sont désormais marqués par une agitation douloureuse et par les tourments qui l’accompagnent. Je ne sais que vous dire… Ensemble nous n’y voyons pas clair!…</description>
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  <pubDate>Thu, 16 Nov 2006 04:57:53 GMT</pubDate>
  <title>Des nouvelles de Venise</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/82680.html</link>
  <description>«Le bonheur est indépendant du ciel, de la terre, et des orages de la destinée» me dit, en signature de son message, un de vous que je ne connais pas et dont l’adresse est «geproust@libertyfree.fr». Ce lecteur (cette lectrice ?…) m’envoie le récit d’une anecdote qu’il dit avoir vécue et que je vous transmets telle quelle pour que vous vous fassiez votre idée vous-mêmes:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«J’étais ces jours-ci à Venise, me dit-im, représentant en articles de souvenirs, je parcours en effet sans cesse l’Europe avec ma quincaille. Ce jour-là, comme d’habitude, j’avais visité un certain nombre de commerçants et devais démarcher la propriétaire d’une nouvelle petite boutique qui venait d’ouvrir à l’angle de la Calle Verrochio et de la Piazza San Giovano e Paolo, face à l’église du même nom. C’est un lieu assez retiré, peu fréquenté des touristes et, marchant dans le dédale des rues vénitiennes, je me demandais pour quelles raisons cette échoppe avait bien pu décider de s’ouvrir dans ce coin. C’était un magasin minuscule, tout en longueur, deux mètres de large tout au plus sur quatre de profondeur, assez pimpant: couleurs vives, miroirs, étagères multicolores, bien ensoleillé, très visible de la place et qui, si quelque touriste venait à passer, n’aurait manqué d’attirer sa curiosité. La propriétaire y vendait des souvenirs assez originaux très différents de la bimbeloterie habituelle; elle les concevait elle-même à partir de détails notés sur divers monuments vénitiens. Son idée était, une pièce complétant l’autre, de vendre, sous forme de petits objets disparates —pin’s, médaillons, médailles, bagues, tampons, magnets…— des ensembles complétmentaires dont la réunion permettait de réaliser un puzzle de la ville. C’était une très belle femme d’une quarantaine d’années, au visage d’un ovale parfait, aux yeux verts clairs, aux cheveux très noirs; tout son être n’était qu’un rayonnement de charme: j’avoue avoir envié l’homme auquel elle devait s’abandonner. Elle me dit que c’était un de mes gros clients de la Calle Larga 22 marzo qui lui avait communiqué mes coordonnées lui affirmant que l’entreprise pour laquelle je travaillais accepterait certainement de fabriquer ses objets, même si ce n’était qu’en petites séries. Je ne pouvais pas refuser grand chose à cet homme aussi, bien que sceptique, j’acceptai d’étudier avec elle les possibilités commerciales. De plus, bien que sans illusion sur mes capacités de séduction et mon charme, je dois avouer que l’idée de passer une heure ou deux avec elle n’était pas pour me déplaire. Nous avons donc travaillé un moment. Pour finir, je lui ai rédigé une proposition de devis qu’elle a accepté sans discussion. Je lui ai donc demandé de remplir un bon de commande pour un premier lot de quelques centaines de pièces…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous vous demandez certainement pourquoi je vous raconte tout ça? Cela paraît en effet très loin de vos préoccupations actuelles… J’y arrive… Le nom qu’elle indiqua sur le bon de commande était Zita Avarescu!» J’avoue, sur le moment, ne pas avoir fait le rapprochement ce n’est qu’en pensant à elle, dans le train qui me ramenait à Paris, que j’ai fait le lien avec votre ancienne amie. Croyez-vous que ce puisse être la même femme ou qu’il ne s’agisse que d’un homonyme?…»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bonne question à laquelle, à moins d’aller moi-même à Venise, ce qui n’est pas dans mes perspectives immédiates, je ne peux répondre. En tous cas, «se non e vero e bien trovato…» et, même si c’est un pied de nez supplémentaire du destin, l’idée qu’un lien rompu puisse ainsi être renoué n’est pas pour me déplaire: rien, jamais, ne serait donc fini!…</description>
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  <pubDate>Wed, 15 Nov 2006 10:01:01 GMT</pubDate>
  <title>Afflux de nouvelles</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/82378.html</link>
  <description>Vous êtes de plus en plus nombreux à me donner des nouvelles de Saint-Loup ou de Zita auxquelles je ne peux souscrire comme si vous aviez trouvé le secret d’ajouter à l’horreur de ma situation mais j’aime mieux votre haine que de vous voir, un seul moment, insensible à mes inquiétudes: le délire des gens n’est point une bassesse du cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il semblerait que leur disparition ait réveillé tant de vieux souvenirs comme si chacun d’entre vous, d’une façon ou d’une autre, projetait sur eux quelques unes de leurs absences, de leurs manques ou même de leurs insatisfactions: d’une certaine façon, mon récit s’installe comme l’exutoire des sentiments perdus. Une amie d’enfance, par exemple, qui un temps, j’ai la prétention de le croire, n’avait pas été insensible à ma séduction m’écrit ainsi: «Peut-être, en ce moment, votre persécuteur travaille à nous désunir, et prépare le poignard dont il doit nous immoler tous deux». D’autres, moins solennellement lyriques m’envoient des relations dont je ne parvient à déterminer si elles sont des exposés des faits ou des tentatives de fictions: «Je dois vous raconter ce qui m’est arrivé récemment à Venise, m’écrit ainsi une dame qui se présente comme Raymonde Troussonne «body-artiste», je suppose que vous qui avez tant voyagé, connaissez cette ville. J’y vais personnellement à toutes les biennales. Vous savez aussi que c’est le lieu de rencontre de tous les artistes en vue d’Europe, peut-être même du monde. Cette année j’y ai d’ailleurs surtout apprécié Cy Twombly… Mais, passons… Je faisais donc une performance sur le petit pont qui relie les jardins publics où sont les pavillons d’exposition et l’île du quartier Santa Elena: vêtue d’une robe de coton blanc légère et disposant de seaux de plastiques emplis d’eaux de couleurs diverses, je m’inondais au hasard de l’une d’elles qui à la fois colorait ma robe et, la faisant adhérer à mon corps, en mettait en valeur la plastique. Je procédais alors à un lent strip-tease qui révélait mes tatouages et mes piercings puis avec une corde à linge, plongeai ma robe dans le Rio dei Giardini jusqu’à ce qu’elle redevienne à peu près blanche; lorsque, sur le parapet du pont, elle avait séché au soleil , je recommençais le processus. Modernisant à la fois le mythe de Vénus et les rites du baptême, je travaillais sur les traces et la mémoire, affirmais la valeur purificatrice de l’art… Mais passons, là n’est pas l’essentiel. Je procédais ainsi depuis deux jours lorsqu’une femme d’une quarantaine d’années, cheveux courts tricolores, lunettes de soleil rouge vif, portant à la lèvre inférieure un bijou d’or formé des deux mots «why not», vêtue d’un body et d’un corsaire blanc très serrés, sans que je ne lui demande rien, prit un de mes seaux et, après m’avoir inondée, s’aspergea elle-même: nous accomplîmes ensemble la suite de la performance. Je trouvai cela à la fois excitant et symbolique: cette spectatrice avait, sans aucun doute, compris le sens profond de ma démarche et, par son acte, mettait en évidence la tension intrinsèque à l’acte de communion. Nous avons procédé ainsi tout le jour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A la fin de l’après-midi, comme je lui proposai d’aller manger avec moi quelque chose, elle se présenta: «Zita Avarescu». Je pensai aussitôt à vous mais, préférant attendre un peu pour en savoir davantage, je ne lui en dit rien. Nous travaillâmes ensemble durant trois jours. Le quatrième, sans que rien ne le laisse prévoir, sans me donner le moindre signe de vie, elle ne revint pas: je ne l’ai plus revue… Ne trouvez-vous pas cela étrange?»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que dire à de tels notes? Que faire d’autre que patienter?</description>
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  <pubDate>Tue, 14 Nov 2006 05:28:00 GMT</pubDate>
  <title>La force des mots</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/81978.html</link>
  <description>«Il dit cela, répandit ses mots par le monde et, sanglotant, passa.» dit Machrab dans un de ses mostazod: je me sens comme ce poète du dix-septième siècle errant entre sa vallée de Namangand et le désert de Hotan aux confins de la Chine, «Allant de par le monde je n’y ai trouvé que mal et ressentiment: je l’ai parcouru entre cent malheurs et colères»: je ne sais plus que faire ni penser!… Tout ce que vous m’écrivez, loin de me faciliter la tâche, m’embrouille. Entre récriminations, éloges et questionnements, je ne sais plus où donner du clavier… Certains d’entre vous m’accablent —m’insultent presque…—: je vous aurais pris en otages, je serais un énarque intello qui «prendrait son pied dans une masturbation intellectuelle sans lendemains» ou «confondrait le vingtième siècle avec le dix neuvième»!… Je n’écris pas comme vous le voudriez: pour certains d’entre vous manque du rythme «techno», du slam, du rap, «ça ne balance pas»; pour d’autres mon style est trop compassé, «cul serré» ose même une d’entre vous d’après laquelle je serais «mal baisé», aurais peur de ma vérité sexuelle et devrais faire mon «coming out» —ne comptez pas sur moi pour exhiber mon cul, mon pénis et mes couilles ou installer une webcam qui vous permettrait de prodiguer mes intimités…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’autres, au contraire, ne tarissent pas d’éloges, louent ma constance, mon équanimité, ma recherche d’équilibre et de mesure comme si ce que j’écrivais les rassurait un peu…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais vous ne me parlez pas que de style! Vous déplorez aussi l’absence de péripéties, le peu de vraisemblance de ce que je rapporte, la pauvreté de mon invention ou, au contraire, louez mon refus du sensationnel et des dictats de «l’esprit du temps»…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne sais pas!… Je ne sais plus!… «Machrab, tu te poses sur le monde comme le vent de l’aube: allons, je vais venir un instant, errer puis, aussitôt, disparaître» dit ce même poète: mon rôle est transitoire, je ne me suis engagé qu’à vous rapporter l’histoire de Saint-Loup or, malgré moi, par la seule puissance des mots, je me trouve engagé dans une aventure qui me dépasse. Croyez-moi, je n’ai voulu rien de tout cela et tous les témoignages qui me parviennent à son sujet —depuis celui qui aurait été l’amant de Zita jusqu’à celle qui a connu sa mère en passant par l’ami du frère…—, loin de m’aider, me confrontent à la fragilité totale de la mémoire humaine. Plus je vais, plus je doute; plus je doute, plus je souffre: «Amis, n’accusez pas Machrab d’insignifiance… Qu’y puis-je, j’ai parcouru toutes les rues de la souffrance».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je finis par croire que jamais je n’ai connu Saint-Loup et que ce dont il est question ici n’est rien d’autre que complaisances imaginatives.</description>
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  <pubDate>Mon, 13 Nov 2006 12:57:39 GMT</pubDate>
  <title>Je ne sais plus que penser</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/81877.html</link>
  <description>«Pourquoi poursuivez-vous votre narration alors que vous n’avez plus rien à dire?» me demande encore l’un d’entre vous… Bonne question!… Est-il donc si nécessaire d’avoir à dire pour dire quelque chose: «S’il n’en trouve pas la perle, le bijoutier ne peut aimer l’huître» dit ainsi Machrab dans un de ses moukhamass, l’un n’est jamais sans l’autre…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’autres, plus nombreux, m’accusent de les avoir trompés: comment puis-je tromper qui que ce soit alors que je me suis laisser tromper moi-même!… «Je me suis égaré, j’ai perdu mon chemin, et n’ai trouvé promesse ni message» poursuit le même poète, «ce monde n’a pas plus de sens qu’un jour et une nuit». La quête de Saint-Loup… Qui cherche qui? D’autres me reprochent mon amour immodéré pour les citations poétiques et s’irritent tout spécialement de toutes ces langues turques qui, disent-ils, font «cuistre de quartier latin»; d’autres mon goût abusif pour la cuisine des idiomes, cet excès un peu trop facile de langues rares où ils ne se retrouvent pas; d’autres le manque de péripéties et d’agitation de ma narration; d’autres mon style compassé et, comme dit l’une d’entre vous, «plutôt dix neuvièmiste» —je manque certainement de sexualité, de langue populaire, de phrases courtes, de mots crus, de verlan, de rythme rap ou slam, d’approximations stylistiques… bref je n’aurais lu ni Louis-Ferdinand Céline ni Jean Genet, pire encore ni San Antonio… —«et autosatisfait»…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’autres cependant se veulent positifs et, par leurs informations, tentent de «coopérer»: une d’entre vous aurait ainsi reconnu Saint-Loup mendiant en gare de Francfort mais, lorsqu’elle aurait essayé de lui parler, il se serait enfui; un autre m’affirme qu’il peut prouver que Saint-Loup se serait compromis dans des transferts financiers de la mafia ouzbek; une autre encore aurait été sa maîtresse et pourrait me donner sur lui des renseignements que je ne possède pas; une autre serait l’amie de Zita —qui ne s’appellerait pas Zita mais Amandine— et saurait tout de la vérité de leurs relations; un autre enfin, dont les fautes d’orthographe confirment l’origine étrangère, aurait été à la fois l’ami du père de Saint-Loup et de son grand-père ouzbek… Comment résister à tout cela, comment ne pas laisser s’insinuer en moi le ver du soupçon? Je sais avoir aujourd’hui lancé une machine infernale et que, quoique ma consciences résiste, tous ces dires me contaminent: je ne sais plus qui est Saint-Loup, je ne sais plus qui croire et je doute de tout… «Machrab, ton cœur renferme beaucoup de mots mais où est la grandeur de ta vie? Tous, aujourd’hui, disent que tu ne penses qu’à des choses vaines», je ne pense plus qu’à la vanité des choses…</description>
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  <pubDate>Sat, 11 Nov 2006 05:23:38 GMT</pubDate>
  <title>Aller au bout de ses promesses</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/81546.html</link>
  <description>«Periglioso è cercar quel che trovato / Soddisfa si, ma più tormenta assai / Non ritrovato… Il est dangereux de rechercher ce dont la découverte/  satisfait; mais ne pas le découvrir cause / de plus grandes souffrances».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’hésite de plus en plus devant l’attitude à adopter: me débarrasser des fichiers entre les mains de Bréchot, les diffuser dans leur intégralité sur le web, les faire parvenir à la justice ou à quelques unes des personnes concernées… ou les détruire?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je manque de certitudes. Ne rien faire peut-être? La seule décision certaine est que j’irai au bout de mes promesses.</description>
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  <pubDate>Thu, 09 Nov 2006 14:24:03 GMT</pubDate>
  <title>Menaces…</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/81328.html</link>
  <description>«Sentirsi oh Dio morir! / E non poter mai dir; / Mori mi sento… Dieu! se sentir mourir, / sans pouvoir jamais dire / je me sens mourir» dit Métastase dans son mélodrame Antigone… Je ne suis pas doué pour l’autobiographie: ce que je devrais rapporter de cette histoire me concerne de trop près pour que j’en sorte indemne. Il aurait fallu me livrer à vous, vous dire tant de choses tues que je me rends bien compte des insuffisances de ma narration… Bien que sachant à quel point ce serait nécessaire, je n’aime pas parler de moi; c’est ainsi par pudeur que je ne vous ai fait part des multiples incidents dont, depuis le 11 avril, j’ai été victime.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’ignore pas que leur récit aurait donné de l’animation à cette histoire qui en est par trop dépourvue, qu’il aurait renforcé son intrigue, apporté le suspens qui manque…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était trop me placer en son centre et vous donner ce que vous ne pouviez pas être sans attendre: vol de mon courrier dans ma boîte aux lettres, bris de la lunette avant de mon véhicule, disparition de ma carte bancaire de mon portefeuille et de dossiers dans mon bureau, cambriolage de La Bégude, agressions diverses… autant de matières à pimenter cette histoire que, par pudibonderie, j’ai tues. Pourtant, que penser par exemple, de ce matin récent où, pour aller à l’aéroport, sortant de bonne heure de mon immeuble je découvre un jeune homme, vêtements de la banlieue nord —casquette à visière cassée, tee-shirt CK sous un survêtement synthétique, tennis Puma, téléphone portable à l’oreille…— qui, en faction devant ma porte, semblait m’attendre car, feignant l’indifférence, de sa curieuse démarche balancée, il me suivit jusqu’à ma voiture puis, rejoint par un comparse en scooter, me prit ostensiblement en filature jusqu’aux limites de la ville disparaissant soudain dans une quelconque artère des faubourgs dès lors qu’il furent relayés par une BMW noire aux vitres fumées qui ne me quitta plus jusqu’à l’aéroport.</description>
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  <pubDate>Wed, 08 Nov 2006 17:13:17 GMT</pubDate>
  <title>De la pudeur</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/81061.html</link>
  <description>Est-ce parce que je vous en ai signalé la présence que vous vous plaignez de plus en plus de virus qui parasiteraient vos ordinateurs? Je veux bien être en partie responsable, mais tout de même, il me semble que s’est installée entre mes lecteurs comme une épidémie de rumeurs: je vous dis quelque chose: aussitôt vous vous imaginez que ce dire est réalité… Les virus, vers, chevaux de Troie et autres joyeusetés d’Internet existaient avant mon Hyperfiction: je ne veux pas croire que ce dernier, malgré la perversité dont Saint-Loup a fait preuve, ait ajouté grand chose à cette panoplie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme je le craignais, je n’ai plus eu aucune nouvelle de Saint-Loup «Neppiù il vestigio appar, ne dir Si puo / Egli qui fue… Il n’en reste aucune trace et on ne peut même pas dire / qui il fut»…  ni de Zita bien entendu— et vos notes, lecteurs, se tarissent aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce un signe de lassitude? En cette époque d’exhibitionnisme généralisé et de voyeurisme exacerbé qui conduisent à la manifestation collective des sentiments les plus factices, j’aurais peut-être dû vous en dire plus… Ma culture, ma pudeur me trahissent: «Come per aqua o per cristallo intiero / Trapassa il raggio e no’l divide o parte; / Per entro il chiuso manto osa il pensiero / Si penetrar nella vietata parte… dit Le Tasse dans sa Jérusalem délivrée: comme le rayon de lumière qui traverse l’eau ou le cristal sans les briser, l’imagination entre audacieusement sous le vêtement fermé et pénètre jusqu’aux lieux interdits» Il est vrai que je répugne toujours à me livrer: je suis d’une autre époque, peut-être même d’un autre monde… manquent ainsi à ma narration ces péripéties, rebondissements, fausses surprises révélations soudaines qui font le charme de tant de feuilletons, mais je suis ainsi!… J’aurais certainement dû vous rapporter plus en détail les multiples incidents qui, depuis quelques jours émaillent ma vie quotidienne: pneus de voiture crevés, agression soudaine et inattendue d’un automobiliste à un carrefour, insistance bizarre de Bréchot à revoir mes fichiers, effraction de mon bureau, vol de mon portefeuille dans le métro… et cette noire vulgaire qui, alors que, voulant profiter de la douceur de ce soir de juillet, j’avais décidé de prendre le temps de rentrer à pied de la rue de Valois à l’avenue Parmentier, m’aborda à un coin de rues «Chéri, pourquoi fais-tu la gueule?» et qui, parce que je lui déclarai sèchement refuser sa familiarité, se mit à m’agresser, hurlant toutes sortes d’insultes, ameutant son protecteur qui me menaça ne me laissant d’autre choix qu’une fuite piteuse sous les sourires persifleurs des autres passants…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il me semble ainsi que ma vie se déchire et que l’origine de son dépeçage s’origine à ce moment précis où j’ai reconnu Saint-Loup.</description>
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  <pubDate>Tue, 07 Nov 2006 13:00:42 GMT</pubDate>
  <title>Chaque chose renferme son contraire</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/80667.html</link>
  <description>«Je vous dois l’histoire de Zita, m’écrit une certaine Rachel Charlus; et je vais vous la faire, avec d’autant plus de plaisir, que c’est ici l’instant où je serai vraiment intéressante. J’ai à vous dire d’elle de bien plus belles choses, qu’elle n’aurait pu vous en dire de moi: et j’espère que vous me baiserez la main aussi; du moins si vous croyez qu’un sentiment vaille une caresse. A la vérité vous jugerez mal de ce que vaut celui qui m’anime: car il est assez vif, pour que mes expressions n’y répondent pas. J’ai fait déjà une sottise, en donnant le nom d’histoire, au détail de ce que devrait être, de ce qu’est, et de ce que paraît Zita. Ce nom ne lui convient pas: il n’y a point dans sa vie, de ces événements frappants, qui rendent les efforts publics, et conséquemment moins difficiles. Cent fois plus rare, et plus estimable que le mien, son mérite consiste dans la constante pratique de mille vertus, que d’affreuses circonstances rendent obscures; et on ne saurait mettre en question, si c’est au bien même, ou à la gloire qui en est le prix, qu’elle est si violemment attachée… Comment vous rendrai-je les perfections de son âme, l’élévation de ses sentiments, la droiture de ses intentions, la régularité de ses mœurs, l’étendue de ses lumières qui embrasse tous ses devoirs? Voyez donc après ça ce que vous avez à faire.»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«Dieu —dit Charles-Louis de Secondat baron de la Brède et de Montesquieu dans ses Lettres Persanes— s’est choisi, dans tous les coins de la terre, des âmes plus pures que les autres, qu’il a séparées du monde impie, afin que leurs mortifications et leurs prières ferventes suspendissent sa colère, prête à tomber sur tant de peuples rebelles…» mais, ajoute-t-il plus loin: «En vain cherchons-nous dans le désert un état tranquille; les tentations nous suivent toujours.». Toutes choses contiennent ainsi leur contraire: vous écrire est une gageure, vous ne serez jamais pleinement satisfaits; vous voulez être le singulier et la totalité: chacun croit que j’écris à lui en particulier alors que c’est à tous que je m’adresse et, bien que je m’y efforce, il n’est pas totalement dans mes facultés d’écrire à chacun un récit différent.</description>
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  <pubDate>Mon, 06 Nov 2006 12:38:40 GMT</pubDate>
  <title>Les erreurs de l&apos;amitié</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/80501.html</link>
  <description>«Non, monsieur, si je ne dis ni ce qu’il faut ni comme il faut, qu’importe? Ce n’est point de Norpois que j’ai voulu vous parler, m’écrit Madame Alissanter: il est trop célèbre pour que j’ai pu penser qu’entre toutes les personnes recommandables qui doivent s’intéresser à vous, aucune n’eût exigé de votre amitié que vous le consultassiez. L’homme que je désirerais que vous vissiez, quoique bien moins connu, le sera bientôt davantage, si vous voulez vous confier à ses soins; et sa réputation qui n’est pourtant pas mon objet, sera d’autant plus flatteuse, qu’elle aura pour fondement la reconnaissance publique. Mes espérances à cet égard ne sont pas sans un appui capable de les justifier… L’amitié a ses erreurs comme les autres sentiments: mais elles sont toujours pardonnables; et ne peuvent jamais être dangereuses, quand elles sont aussi visibles que l’est celle-ci. L’infortune attendrit l’âme, les gens heureux sont toujours durs. Je suis sérieusement inquiète monsieur: pourquoi ne m’écrivez-vous pas un mot?»</description>
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  <pubDate>Sun, 05 Nov 2006 09:49:47 GMT</pubDate>
  <title>Revolver sentimental</title>
  <link>http://ganancay.livejournal.com/80282.html</link>
  <description>«Ce qui m’enchante, m’écrit Madame Proust, c’est que vous preniez les femmes pour des hommes, et les hommes pour des femmes: car enfin je m’étais promis de vous en faire l’aveu, un jour, ou l’autre, attendu que je ne veux pas me parer des plumes du paon, et voici le cas, ou jamais, de cet aveu. Ma troisième note, qui est la seconde écrite, était toute entière de mon mari, excepté le post-scriptum. Voici comment. Voyant Zita véritablement affligée de votre silence, nous imaginâmes lui, et moi, de vous en demander raison. Je dis que cela m’embarrassait parce que j’avais annoncé que mon dernier mot était de ne plus vous écrire, si vous ne me promettiez de travailler à la conservation des jours de Saint-Loup. Lui de combattre mon scrupule, moi de le soutenir, lui d’insister, moi, de ne pas en démordre. Enfin, mon homme (ces messieurs sont maîtres) prend le clavier, tapote la note que vous avez vue, et le pistolet sous la gorge, me force à la signer. Notez que ses pistolets sont des suppliques affectueuses: le moyen de tenir à cela! Adieu, monsieur, je n’ose combattre en vous un parti pris; mais votre résolution me désole…»</description>
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