Ganancay ([info]ganancay) wrote,
@ 2006-11-30 13:40:00
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Sans but véritable
Finalement, après avoir tourné sans enthousiasme une partie de la matinée dans le quartier du Tiergarten, après avoir mangé saucisse grillée et salade à la terrasse d’un café, je suis allé faire ce pour quoi j’étais là: parler une fois encore des technologies de la communication, feindre de croire qu’elles allaient bouleverser le monde, donner à l’humanité une «nouvelle frontière». Débats, petits fours, cafés, sourires convenus, félicitations protocolaires, mélange de langues, apartés, échanges rituels de cartes de visites… à quatre heures j’avais terminé: mais, parce que je n’avais rien réglé pour moi-même, je n’étais pas satisfait; je me demandai jusqu’à quand je serais capable de jouer cette comédie sociale dans laquelle je m’étais enfermé: bon père, bon époux, bon citoyen, homme public peu contesté, bon fonctionnaire… le symbole même d’une vie sans problèmes mais aussi sans originalité ni inspiration, une vie qui se laissait vivre plutôt qu’une vie à vivre. Il est vrai aussi que rien ne m’inspirait vraiment et que, si je regardais devant moi, je ne voyais guère d’autre solution qu’une plus ou moins longue poursuite du même: en fait je n’avais jamais eu de but véritable et n’étais désormais plus capable de m’en inventer. Lorsque les problèmes ne sont pas concrets, il y a une certaine complaisance de la mélancolie: je rôdais dans le soleil des rues pleurant sur moi-même… aussi, plutôt que rentrer en taxi, je choisis de marcher jusqu’à mon hôtel. Berlin est une ville à vivre, les rues sont larges, les parcs et les arbres nombreux, la circulation fluide: je pensai ainsi —parce que c’est un remède que j’ai souvent utilisé— que la marche me permettrait d’y voir plus clair, que traversant des zones neutres où il n’y avait aucun raison que quoi que ce soit occupe ma pensée, je parviendrai à voir un peu plus clair en moi. Une bonne heure de marche me fit en effet du bien et, si je n’avais toujours rien décidé —autre façon de convenir d’attendre pour ne rien changer—, retrouvant un certain plaisir élémentaire des sens, je me sentais mieux. J’arrivai à l’hôtel Aldon…

Dès que j’y pénétrai, le concierge à qui je demandai les clefs me dit qu’il y avait moins d’une heure un homme m’avait demandé mais qu’il n’avait voulu laisser ni un mot, ni son nom: une quarantaine d’années, me dit-il, cheveux bruns, yeux légèrement bridés, mais ce qui l’avait surtout frappé, c’était son accent dont il n’aurait su définir l’origine… Je compris aussitôt que c’était Saint-Loup…



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