Ganancay ([info]ganancay) wrote,
@ 2006-11-28 09:38:00
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Affiches
Comme si j’avais déjà décidé ce que je devais faire, j’ai quand même pris le métro: la station de la Friedrichstrasse, la plus proche de l’hôtel Aldon —où je descends lors de mes séjours berlinois. Pour l’Europa Center j’aurais dû prendre ensuite une des nombreuses lignes vers l’ouest qui m’auraient amené au Tiergarten: j’en ai pris une vers l’est. Je savais avoir du temps et, bien que cette décision soit irrationnelle, je ne pouvais m’empêcher de vouloir aller à l’Alexanderplatz où, il y avait maintenant cent jours, j’avais retrouvé Saint-Loup.

Dès que le train atteignit la station, je sortis de la rame, me dirigeai vers le lieu précis des couloirs où je l’avais trouvé la première fois: un banc métallique fixé sous une grande affiche publicitaire. Je me souvenais, parce qu’elle contrastait alors avec l’attitude de Saint-Loup effondré sur le siège, que le 11 avril, l’affiche était une publicité Kookaï sur fond jaune représentant un pied de femme dont les ongles étaient vernis en vert par une main tenant un fin pinceau tandis que, pris entre ses doigts, quatre hommes vêtus de tee-shirt blancs essayaient de se libérer. Bien entendu, ce n’était plus la même: cette fois-ci, un homme de dos, jeune, nu, fesses soulignées par un vague drapé étiqueté «Frieder Russmann, 2005 », tête tournée vers la droite, crâne rasé, boucle à l’oreille gauche, barbichette maigre et pointue à l’orientale, avec, gravés au couteau au centre de chacun des deux grands muscles dorsaux, les chiffres encadrés 24 et 25, ce dernier coché d’une croix encore sanguinolente. Au-dessous de la photo, un cadre à fond jaune avec un couteau suisse ouvert souligné de l’inscription «Russmann spielt Lotto». Le banc était vide.

Je n’ai quand même pas pu me résoudre à quitter aussitôt les lieux: j’ai tourné dans l’immense gare, n’y trouvant rien, j’en suis sorti pour boire un café à l’une des échoppes de l’un des grands magasins de l’Alexanderplatz. A côté du bar, une boutique d’un photographe local quelconque présentant quelques uns de ses clichés. J’y jetais un coup d’œil machinal… L’un d’entre eux, un couple souriant, les yeux dans les yeux: Saint-Loup et Zita…



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